Tsubasa Bunko, Aoitori Bunko... la littérature jeunesse au Japon

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Tsubasa Bunko, Aoitori Bunko... la littérature jeunesse au Japon

Apprendre le japonais sans lire, ce n'est pas très drôle. Apprendre le japonais en n'ayant que de la littérature peu accessible à lire... ce n'est pas très drôle non plus. Heureusement, il existe les romans jeunesse, pour progresser petit à petit !

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Les gens qui étudient le japonais à l'université ne le savent que trop bien : lorsqu'on parle de littérature japonaise, on pense généralement à Kawabata, Sôseki, Dazai, Murakami, Mishima... des auteurs que nous sommes obligés de lire, parfois dès les premières années de licence, et qui sont généralement assez peu accessible en japonais (à part Haruki Murakami, j'en conviens).

Ce qui signifie qu'il y a tout un pan de la littérature que l'on oublie bien trop souvent... la littérature jeunesse ! Et pourtant, elle est bien utile pour ceux et celles qui tentent de s'habituer à lire cette belle langue. En ce qui me concerne, il y a  deux collections que j'apprécie beaucoup : la collection Aoitori Bunko 青い鳥文庫, chez Kodansha, et la collection Tsubasa Bunko つばさ文庫 chez Kadokawa, qui fera l'objet de cet article. Ceux qui vont régulièrement à Junku Paris ou qui sont déjà allés au Japon les ont probablement déjà aperçus, avec leurs tranches bleues/blanches et vertes !

Et le meilleur dans tout ça ? C'est que les textes sont intégralement retranscrits en furigana !

Ici, les dernières sorties de Tsubasa Bunko (Kadokawa). Screenshot du site internet (URL : https://tsubasabunko.jp/ )

 

La majorité des titres que j'ai lus viennent de Tsubasa Bunko, donc je vais surtout me centrer sur eux dans cet article, bien que les deux fonctionnent à peu près de la même manière.

Il faut également noter que malgré la présence d'illustrations, ces titres ne comptent pas en tant que "Light-Novel". Certains titres existants en tant que LN font parfois effectivement l'objet d'une republication dans cette collection (par exemple, Slayers), mais sous un format modifié, parfois entièrement réécrit pour convenir au format "roman" et au public visé (la différence étant que les light-novels sont publiés en tant que chapitres, comme les manga, et visent un public de jeunes adultes).

 

Chez Tsubasa bunko, les livres sont divisés en catégories :

A - Original : comme son nom l'indique, les séries/romans publiés pour la première fois et exclusivement chez eux.

B- Best Seller : les romans japonais contemporains déjà connus, qui font l'objet d'une republication. Parfois des Light-Novel, alors réécrits pour toucher un public plus jeune.

C- Novélisation : les romans adaptés de films, anime ou jeux vidéo : on peut notamment y compter les adaptations des films de Mamoru Hosoda et Makoto Shinkai, comme récemment Mirai no Mirai ou Your Name !

D- Non Fiction : comme son nom l'indique, les livres plus documentaires, historiques, biographiques, etc.

E- Classiques étrangers : les romans étrangers qui font l'objet d'une republication, le plus souvent accompagnée d'une retraduction. Dr Dolittle, Arsène Lupin, Sherlock Holmes... Je ne sais pas si les retraductions sont faites expressément pour le jeune public, n'ayant lu que Dr Dolittle et un peu Arsène Lupin (qui me semblait "étrangement" accessible niveau langue).

F- Classiques japonais : les romans classiques japonais normalement inaccessibles au jeune public. Pour le peu que j'ai vu, ils sont parfois carrément réécrits pour être lisible par des enfants (tout du moins c'était le cas avec Botchan de Sôseki). Pratique si on veut avoir de la culture sans se prendre la tête !

Forcément, je ne vais pas parler des livres occidentaux ici (à part peut-être pour leurs superbes illustrations). Voici une petite sélection de romans jeunesse très sympa à lire :

 

Haru, le détective fantôme (幽霊探偵ハル)

tantei haru
TANABE Tomoko. Yuurei tantei Haru, Tsubasa Bunko, Kadokawa Shoten, 2015

 

Yuurei Tantei Haru est une série de romans de Tomoko Tanabe, illustrée par Kino Hiroki. Elle a commencé sa publication en 2015 et compte actuellement trois tomes.

Shun est un garçon de onze ans, qui menait une vie paisible d'enfant paresseux dans son quartier de la banlieue de Tokyo... jusqu'à ce que Kotoné, son amie d'enfance, ne vienne emménager avec ses parents dans la maison voisine. Kotoné qui, elle, ne compte pas rester chez elle à se tourner les pouces ! Alors qu'il lui fait (bien malgré lui) visiter les environs, les deux enfants se rendent à la bibliothèque Shigurezaka, où ils découvrent malencontreusement une pièce secrète... avec un garçon de leur âge à l'intérieur. Ce garçon, répondant au nom de Haru, est en réalité mort il y a près de 70 ans dans un incendie qui a ravagé ce qui était autrefois la demeure de son père - devenue par la suite une bibliothèque. Il ne trouvera pas le repos avant d'avoir trouvé la cause de l'incendie, et de sa mort... mais il ne peut pas quitter la pièce, et son seul contact avec le monde extérieur se trouve dans son ordinateur portable et son vieux majordome, qui est également le directeur de la bibliothèque. Shun et Kotoné deviennent alors ses yeux et oreilles, et l'aident (tant bien que mal, et malgré leurs problèmes d'entente) à enquêter sur les circonstances de l'incendie.

Comme vous pouvez vous en douter, les choses sont loin d'être si simples ! Il s'agit de la série que je suis avec le plus d'attention. Riche en dialogues et plein d'humour, le style d'écriture n'est pas trop compliqué à appréhender pour des occidentaux (bien qu'un certain niveau soit requis). Pour les amateurs d'enquête !

 

Ange, l'ambassadrice vampire (ヴァンパイア大使アンジュ)

KAWASAKI Miu. Vampaia taishi Anju, Tsubasa Bunko, Kadokawa Shoten, 2009

 

Dans un contexte plus shôjo cette fois, voici Vanpaia Taishi Anju, une collégienne pas comme les autres ! Parue pour la première fois en 2009, cette série de Kawasaki Miu illustrée par Konoe Hitotsugu compte 7 tomes et s'est terminée en 2012 (je n'en ai lu que deux pour l'instant).

Ange est une collégienne de 13 ans qui vit avec son frère jumeau, son grand-père aux origines nordiques et leur énorme toutou dans une grande maison occidentale, au Japon. Seulement, la puberté semble causer quelques effets... hors du commun aux deux adolescents. Les canines qui poussent, passe encore, mais lorsque Ange se rend compte que son frère peut voler dans les airs, et que la lumière lui fait tellement mal aux yeux qu'elle ne peut plus sortir les jours ensoleillés, elle se pose des questions ! Le moment est venu pour son grand-père de leur avouer la vérité : ils ont hérité de ses gènes de vampire... et le gros chien de la maison n'est autre que son serviteur, un loup-garou ! En plus de tout ça, ce sera désormais à elle et son frère de résoudre les problèmes causés par les créatures fantastiques dans le monde humain ! Sorcières, vampires, fées, poltergeists... créatures dont elle ne soupçonnait même pas l'existence, il y a encore quelques semaines de cela.

Série qui m'accroche certes un peu moins que les aventures du détective fantôme, mais tout de même agréable à lire. Je recommande aux amateurs de pur fantastique pour adolescents ! Le niveau de langue est à peu près similaire à celui de Yuurei Tantei Haru.

 

Le collecteur de peurs (恐怖コレクター)

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SATO Midori, TSURUTA Norio. Kyoufu korekutaa, Tsubasa Bunko, Kadokawa Shoten, 2015

 

On passe du côté du frisson avec Kyoufu korekutaa, une série sortie à peu près en même temps que Yuurei tantei Haru, écrite par Midori Satô et illustrée par Yon. Elle a été supervisée par Norio Tsuruta, un réalisateur connu pour ses récits d'horreur. La série compte aujourd'hui 8 tomes (en cours).

Cette série change un peu des deux autres présentées plus haut car elle se découpe en petites histoires, du moins dans les deux premiers tomes : chaque histoire met en scène des personnages différents (le plus souvent des collégiennes) qui se retrouvent victimes d'un fantôme, d'un démon ou autre monstre du folklore japonais, dans une ambiance qui peut évoquer la série des Chair de Poule de R.L Stine (mais en plus court, avec des légendes urbaines japonaises). Le fil rouge qui lie ces histoires, c'est un jeune garçon encapuchonné, qui apparaît devant ces personnages pour leur dire qu'ils sont pris pour cible par un démon. De fait, lui-même fait l'objet de rumeurs étranges, les gens craignant de croiser sa route. Qui est-il exactement ? Il semble être à la recherche de quelqu'un...

Le format court des histoires et l'écriture simple ainsi que la mise en page très aérée le rend plus accessible aux néophytes. Malgré le côté répétitif (les personnages secondaires se ressemblent, du moins dans les deux premiers - les choses ont l'air d'évoluer par la suite), l'ambiance "horreur à la japonaise" est bien menée, bien que destinée à un jeune public. Il faudra juste passer outre le côté "déjà vu" des légendes urbaines.

 

Notre guerre de sept jours (僕らの七日間戦争)

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SODA Osamu. Bokura no nanokakan sensou, Tsubasa Bunko, Kadokawa Shoten, 2009 (original : 1985)

 

On change un peu de registre avec "Bokura no nanokakan sensou", un roman de Osamu Soda qui date en réalité de 1985 ! Considéré comme un classique de la littérature jeunesse, il a été également porté au grand écran en 1988. Ce roman est le premier d'une série de onze, dont les titres commencent tous par "Bokura no...". Les illustrations sont signées Shin Hashimoto.

Dans ce premier volume, c'est la panique pour les parents d'élèves : tous les garçons de deux classes de l'école se sont volatilisés ! La première hypothèse est celle d'un énorme enlèvement collectif. En réalité, il s'agit d'une fugue ...très organisée. Les élèves, avec l'aide de quelques personnes extérieures, ont pris d'assaut un bâtiment abandonné qu'ils considèrent désormais comme leur "forteresse". Ils ont même l'équipement nécessaire pour diffuser une émission de radio ! Malgré les conditions, les jeunes adolescents ne comptent pas se rendre aux adultes et rentrer à la maison. Mais tous ne sont pas là ; il manque bel et bien un élève... qui lui, s'est réellement fait kidnapper ! A partir du message envoyé par son ravisseur, ses camarades de classe tentent de le localiser, tout en résistant au comité de parents d'élèves de l'école, qui est prêt à tout pour les déloger de leur forteresse.

Il s'agit d'un roman très épais et assez difficile à lire malgré le public visé (les nombreux personnages font qu'on s'y perd vite, il faut constamment maintenir son attention et ça peut vite fatiguer), mais malgré un début assez long, on prend vite plaisir à voir ces adolescents de 12, 13 ans s'organiser pour vivre dans leur propre micro-société. Tous les autres tomes de la saga sont également sortis dans la collection Tsubasa Bunko.

Par ailleurs, je viens d'apprendre qu'un anime adapté de ce volume-ci serait en préparation cette année !

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Je pense qu'il y en a assez pour cet article ; si vous apprenez le japonais et que vous avez envie de vous habituer à lire des romans sans vous prendre la tête, je vous recommande cette solution sans hésiter ! On peut trouver la majorité de leurs titres sur CDJapan. Il est également possible de feuilleter des extraits en ligne sur leur site internet, que j'ai mis plus haut. Si vous voulez en voir davantage, n'hésitez pas à chercher aussi du côté de Aoitori Bunko !

site
Screenshot du site internet de Aoitori Bunko (Kodansha). Extraits disponibles à la lecture en ligne gratuitement

 

A-Key, ex-M2 japonais (littérature+traductologie). Freelance-beaucoup-de-choses. Je dessine mais j'écris et traduis aussi !
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